L’acidose

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L’acidose

Les chèvres sont des petits ruminants dont le comportement alimentaire est sélectif. Elles préfèrent consommer plus de concentrés que de fourrage.

La quantité appréciable de concentré dans la ration servie, en début de lactation, les rend plus à risque de développer ce qu’on appelle l’acidose.

L’acidose est généralement décrite chez les animaux élevés dans des conditions intensives (engraissement, production laitière). Cependant, des cas dus à un accès accidentel à des concentrés ou à des céréales peuvent se produire dans n’importe quel élevage.
Donc, pour bien comprendre ce trouble qui peut engendrer de graves conséquences économiques (perte du cheptel, baisse de la production laitière). Il faut faire attention à l’anatomie et le processus de la digestion de la chèvre.

RAPPEL ANATOMIQUE DE L’APPAREIL DEGESIF DE LA CHEVRE :

L’appareil digestif de chèvre est constitué de:

  1. La bouche
  2. L’œsophage
  3. Les pré-estomacs: C’est la portion digestive comprise entre l’œsophage et la caillette, Elle occupe les 3/4 de la cavité abdominale. Elle est constituée de trois compartiments placés en avant de la caillette.
    • Le rumen (panse): C’est un sac volumineux. Il occupe la partie gauche de l’abdomen. Sa paroi est formée d’une tunique musculaire qui constitue l’essentiel de sa masse. Il est tapissé d’une muqueuse assurant l’absorption des nutriments solubles. Les différentes poches du rumen communiquent par un bourrelet de deux saillies qui est la goutte œsophagienne.
    • Le réseau (réticulum): Ce réseau est déposé en avant de la panse. Sa paroi intérieure est tapissée d’alvéoles ressemblant à des rayons d’abeilles recouvertes de papilles cornées. Il joue un rôle majeur dans la circulation et le tri dans nutriments, ne laissant passer, vers le feuillet, que les particules alimentaires suffisamment fragmentées. Les autres particules étant retenues dans la panse, elles subissent la rumination et la dégradation microbienne.
    • Le feuillet (omasum): C’est un réservoir grossièrement sphérique. Sa paroi intérieure est tapissée de très nombreuses lamelles muqueuses. Il assure la filtration des particules alimentaires et l’absorption de l’eau et des minéraux du contenu digestif, avant leur arrivée dans la caillette.
  4. La caillette (abomasum): Considérée comme l’estomac vrai. Elle est de forme allongée, repliée en crêtes spiralées. L’épithélium luminal est constitué de cellules sécrétrices qui produisent du mucus, de l’acide chlorhydrique et de la pepsine (pH 2-3). Elle se termine par le pylore qui la relie au duodénum.
  5. Les intestins:
    • L’intestin grêle: Il est divisé en duodénum, jéjunum et iléon. Sa muqueuse est riche en villosités qui constituent une surface d’absorption et de sécrétion.
    • Le gros intestin : Il est formé d’un cæcum, d’un côlon et d’un rectum qui se termine par un anus (voir photo).
Appareil digestif d’une chèvre adulte.

LA DIGESTION CHEZ LES RUMINANTS :

La rumination est un mode de digestion particulier qui caractérise les ruminants (bovins, ovins, caprins). Elle leur permet de ne pas passer toute la journée dans une prairie à mastiquer de l’herbe. Ils peuvent, au contraire, passer un minimum de temps à brouter et stocker cette herbe dans leur panse. Pour que la rumination commence, il faut que la chèvre se nourrisse. Quand elle broute, elle ne va pas beaucoup mâcher son herbe. Elle va plutôt le couper sous forme de brins assez longs et l’avaler en quelques minutes. Ensuite, l’herbe descend dans l’œsophage, tombe dans le réseau, puis va directement dans la panse (rumen).

Déroulement de la rumination :

Une fois que la chèvre a brouté une grande quantité d’herbe, elle va se coucher au calme. C’est à ce moment-là que la vraie rumination commence.
Dans la pense, les mouvements brassent la masse alimentaire et facilitent son ensemencement bactérien. La nourriture s’agrège en petites boules appelées bols alimentaires. Les gros brins d’herbe vont être renvoyés du rumen vers la bouche, grâce à une contraction du réseau, synchronisée avec l’œsophage. De retour dans la bouche, ce bol alimentaire va être mâchonné autant de fois que nécessaire pour bien le réduire en bouillie. Lors de cette étape qui est la mastication, une forte quantité de salive est secrétée tout en imprégnant l’herbe. Il faut noter que la salive des ruminants, riche en bicarbonate et phosphore, joue un rôle tampon du rumen (régulation du ph du rumen). Plus l’aliment est gros plus la quantité de la salive secrétée est importante.
Une fois bien broyés et imprégnés de salive, les petits brins d’herbe retournent dans la panse (rumen) pour être en contact avec la flore digestive.
Il faut noter que l’ensemble rumen et réseau, présente toutes les caractéristiques essentielles d’un « fermenteur », Les conditions ambiantes sont définies par :

  • Un milieu riche en eau (85 à 90%),
  • Un apport régulier de nutriments fournis à la fois par l’ingestion des aliments et par la rumination (ainsi que par le recyclage de l’urée),
  • Un pH élevé (6,4 à 7,0) tamponné par l’apport de minéraux (bicarbonates et phosphates) de la salive,
  • Une température de 39 à 40°C,
  • Une élimination continue des produits terminaux de la digestion microbienne,
  • Des échanges permanents à travers la paroi du rumen.

Toutes ces conditions sont propices au développement d’une population de micro-organismes (appelés aussi microbes du rumen), caractérisée par sa variété et sa densité. On y trouve:

  • Des bactéries au nombre de 109 à 1010 par ml de contenu de rumen et composée essentiellement de bactéries anaérobies strictes qui constituent plus de la moitié de la biomasse microbienne totale. Elle comprend plusieurs variétés de bactéries selon qu’elles soient Cellulolytiques (décompose la cellulose), Amylolytiques (décompose l’amidon), Protéolytiques ou uréolytiques.
  • Des protozoaires.
  • Des champignons anaérobies.

Ces micro-organismes vont prendre le relais. Cette intense activité microbienne est une fermentation. Elle se produit en continu, mais un même brin végétal reste dans le rumen de 24 à 48 h, pendant lesquelles il est « attaqué » par les micro-organismes. Les produits terminaux de cette fermentation sont :

  • Les acides gras volatils (AGV) : essentiellement l’acide acétique, l’acide propionique et l’acide butyrique, dont les proportions dépendent de la nature des glucides alimentaires et qui vont passer à travers la paroi de la panse et utilisées comme source principale d’énergie. Elles vont aussi participer à la fabrication du lait.
  • Le gaz carbonique et le méthane.

DEFENITION DE L ACIDOSE :

C’est un trouble de l’équilibre acido-basique dû à une baisse de pH dans le rumen. Cette baisse du pH est le résultat d’une dégradation des glucides fermentescibles dont la digestion rapide par les bactéries du rumen produit :

  • Les acides gras volatils (AGV) qui, dans l’état normal, sont absorbés par les papilles du rumen pour aider l’animal à produire du lait.
  • L’acide lactique.

LES CAUSES :
Survient suite à une consommation excessive d’hydrates de carbone facilement fermentescibles.

LES CAUSES :
L’acidose survient suite à la consommation d’une ration hautement fermentescible riche en hydrates de carbone (sucres). Donc, tous les aliments riches en hydrates de carbone hautement fermentescibles, tels que l’orge, les céréales et l’amidon sont susceptibles de mener à cette pathologie s’ils sont consommés en excès.

PATHOGENIE : Ce qui se passe dans le rumen et dans l’organisme de l’animal :
Le premier trouble rencontré dans le rumen est la production excessive de l’acide lactique. Physiologiquement et à l’état naturel, l’acide lactique est produits dans le rumen par les lactobacilles (bactéries du rumen) par le phénomène de glycolyse, l’acide lactique connais trois voies essentielles :

  1. Transformation en acides propioniques AGV.
  2. Consommation par les bactéries du rumen pour leur propre métabolisme. Il s’agit, donc, d’une source vitale pour ces bactéries.
  3. Transformation en corps cétoniques qui vont jouer un rôle énergétique. C’est ce qu’on appelle la cétogènes.

Comment une ration riche en hydrates de carbone va entrainer une production d’acide lactique en grande quantité ?

Au niveau du rumen toutes les conditions du milieu ruminal déjà cités, vont induire à une glycolyse anaérobie : dégradation de glucose par les micro-organismes du rumen.
Donc, une ration riche hydrates de carbone en excès engendre une accumulation de l’acide lactique dans le rumen

Que va-t-il se passer dans le rumen quand l’acide lactique s’accumule ?

L’accumulation de l’acide lactique dans le rumen engendre une baisse de pH du rumen. Ce qui induit à une multiplication des bactéries acidophyles (lactobaciles) naturellement présentes dans le rumen mais en quantité modérée. A leur tour, ces bactéries produisent de l’acide lactique. Ce dernier va se retrouver d’avantage en grande quantité et cela va perturber le milieu ruminal . Le pH du rumen peut atteindre une valeur de 4 provoquant dans ce cas la perte de la quasi-totalité de la microflore ruminale responsable de la consommation de l’acide lactique.
Dans ce cas, l’effet tampon des sécrétions salivaires est absent parce que, à la base, l’aliment ingéré n’est pas riche en fibres. On se retrouve alors dans une forme aigue de l’acidose qui peut-être mortelle.

Le deuxième trouble :

L’augmentation des AGV au début va contribuer à un phénomène moteur nommé atonie ruminale (stase ou bien arrêt de contraction de rumen).